mardi 2 juin 2015

Chapitre 2


Malgré le lit on ne peut moins confortable que Bruce Wayne avait rejoint une fois réveillé par son majordome, le sommeil du gentleman avait été désagréable. La soirée de la veille lui était revenue en flashs sans cesse pendant la nuit, alternant insomnies et cauchemars. C'est avec difficulté qu'il s'assit au bord du lit, le visage entre les mains. Le lit était humide de transpiration et la lumière était tamisée dans sa chambre bien trop grande pour un homme seul comme lui.
Il se releva, enfila un peignoir épais puis rejoint Alfred dans le salon. Comme à son habitude Alfred avait préparé un petit déjeuner que personne n'aurait voulu refuser : brioche maison sucrée avec confiture de coings maison également. Pour boire il avait le choix entre un café corsé ou un jus de fruits pressés. Ou bien les deux. Ou  bien rien. Il n'avait envie de rien mais il savait qu'il devait manger pour tenir la journée après une nuit pareille.

"Salutations Monsieur. J'espère que le petit-déjeuner vous plaira. Vous êtes-vous reposé?"

Alfred se souvenait bien de son maître exténué la veille, dans la baignoire. Il se souvient de sa main sur le front chaud de l'homme riche et de ses mains frippées du trop plein d'eau. Il savait que le Prince de la nuit en avait passée une tourmentée.

"Malgré toutes vos bonnes intentions, non. Mais j'en suis bien heureux car votre brioche est un remontant délicieux"

Son sourire plein de charme fut un signe de remerciement des plus sincères et le majordome en fut comblé.

"Je pourrais vous en faire même dans vos beaux jours, Master Wayne"

 Il sourit également. Ses yeux légèrement plissés et les rides qui soulignaient son sourire lui donnaient une allure paternaliste que Bruce adorait retrouver en lui. Il fit une révérence, puis s'en alla en cuisine, pour vaquer à d'autres occupations.
Bruce tartinait machinalement une tranche de brioche. Il en étalait une fine couche, le regard dans le vide. Ses souvenirs lui donnaient comme des coups dans le crâne et la culpabilité le rongeait. Mais qu'est-ce qu'il s'était passé? Pourquoi le Joker s'était-il comporté comme ça? Qu'est-ce qui allait bien se passer ensuite? Le clown aux cheveux verts n'avait pas eu ce qu'il voulait. Comment allait-il l'obtenir? D'inombrables questions lui venaient en tête. Il déglutissait lentement et douloureusement car il était tendu et ses muscles étaient raides.

Une fois sa collation terminée, il se dirigea vers la salle de bain. Il accrocha son peignoir près de la cabine de douche, ouvrit le robinet d'eau froide et se rigidifia sous l'eau qui glaçait son visage. Ses muscles s'étaient rétractés mais avaient fini par se détendre. Il essayait de se laver de ses soucis, de nettoyer son cerveau de toutes ces pensées horribles qui le rongeait depuis la nuit dernière.
Il se savonna frénétiquement et se rinça aussi vite. Il sortit de la douche et enroula une serviette autour de sa taille. Il hésitait à parler de ce qu'il s'était passé à l'inspecteur Gordon. Qu'en aurait-il pensé? Il l'aurait jugé pour ne rien avoir fait et l'avoir laissé partir. C'eut été une mauvaise idée. Mais il voulait quand même savoir s'il avait des nouvelles du bouffon vert. Il se sécha les cheveux avec sa serviette, se rasa puis pris dans son armoire un caleçon et un t-shirt gris foncé moulant. Tout en enfilant ses affaires, il composa le numéro de l'inspecteur. Il eut le temps d'enfiler les deux vêtements propres avant d'entendre le répondeur. L'inspecteur devait être très occupé pour ne pas répondre à un appel de Batman. Il marcha rapidement dans les couloirs du manoir pour rejoindre Alfred, passa sa tête et un bras à travers la porte de la cuisine et interpella le majordome :

"Alfred, avons-nous reçu un message de l'inspecteur Gordon?"

Alfred fit un mouvement négatif avec sa tête alors qu'il nettoyait des assiettes à la main. Il questionna Bruce :

"Il y a t-il un problème?"

Bruce avait un regard ennuyé et il se doutait qu'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. Il tenta une nouvelle fois d’appeler l'inspecteur en furie. Le majordome avait posé les assiettes et s'était séché les mains. Au visage décomposé de son maître, il y avait clairement un problème. Un énorme problème. Le visage du millionnaire était pâle, encore plus que le matin de son dur réveil. Le peu de couleurs qui lui restaient étaient concentrées dans son regard perçant et ses yeux grands ouverts. Alfred le questionna du regard mais Bruce était choqué. Il posa son portable sur la table qui séparaient les deux hommes et regarda son majordome droit dans les yeux, les deux mains sur la table.

"Le Joker retient l'inspecteur Gordon."

Alfred serra un poing et regarda l'heure. Il était onze heures du matin. Trop tôt dans la journée pour que Batman soit de sortie. Alfred se rapprocha de son maître et demanda s'il pouvait faire quelque chose. Bruce Wayne tapa du poing sur la table ne sachant que faire.
Le Joker lui avait donné rendez-vous, seul, dans un hangar désaffecté. Ce soir. Dans douze heures exactement. Comment allait-il attendre jusqu'à ce moment, sans rien faire? Il expliqua la situation à Alfred qui compatissait à la souffrance de son maître.

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Après avoir raccroché, le Joker se mit à exploser de rire; un rire grinçant comme à son habitude. Ses boucles grasses tombaient légèrement sur son front et effaçaient le maquillage blanc qui le recouvrait. Gordon était attaché sur une chaise dans une salle à part, gardée de l'intérieur par les sous fifres de l'homme en costume violet.

"Qu'est-ce que vous allez faire à la fin?" L'inspecteur s'impatientait et était frustré de ne pas savoir ce que pensait le Joker. Pourquoi voulait-il voir le Batman seul? Qu'allait-il lui faire? Se serait-il décidé à le tuer pour de bon? C'était trop dur de ne rien savoir.

"Hahaha mon cheeeeer inspecteur. Ne soyez pas impatient... Il ne reste que quelques heures avant que votre chauve-souris vienne à votre secours."

Il fit le tour de la chaise en disant cette phrase. L'inspecteur baissait la tête pour cacher son énervement et sa frustration en serrant les poings. Il regardait les pieds du Joker faire le tour de la pièce en sautillant légèrement. Le clown vert lui avait tendu un piège à l'aide de ses grouillots et il se retrouvait à présent sur cette chaise, comme un débutant.
Le Joker faisait son spectacle en chantonnant, encouragé par les rires bêtes de ses hommes. Ces derniers riaient discrètement car ils ne savaient pas comment leur boss réagirait si ils  riaient au mauvais moment. Le Joker était imprévisible, tout le monde le savait, mais surtout très dangereux.

"Tututu tuuu tu... Batou ne viendra que ce soir..."

Le fou chantonnait en dansant comme sur une scène de théâtre et souriait de toutes ses dents jaunâtres. Son rire insupportait l'inspecteur qui se brûlait les poignets à cause de la corde trop serrée qui le tenait attaché.
Le temps passait et l'inspecteur se demandait comment avait réagit Batman. Prendrait-il le risque de venir sans avoir prévenu la police? Il se doutait bien que oui mais il avait peur pour leur vie à tous les deux. Gordon, sans relever la tête, s'adressa au Joker fou d'un ton ferme:

"Et s'il ne vient pas?"

Le clown perdu son sourire instantanément et son poing rencontra la mâchoire de l'homme attaché. Ce fut un coup violent qui le fit se mordre la langue et il cracha du sang. Le Joker était irrité et se rapprocha du visage ensanglanté de sa victime.

"Il sait ce qu'il vous arrivera s'il ne vient pas. Il viendra. Batman vient toujours."

Les mots sortaient de sa bouche comme une avalanche de couleuvres, sa voix était soudainement grave et ses ongles plantés dans les bras de l'inspecteur. Il sortit de la salle blindée en claquant la porte, laissant Gordon et les hommes masqués entre eux.
La phrase de l'inspecteur avait agacé le Joker. Il tapait dans les murs, enragé, et avait fini par s'asseoir contre un mur, les mains dans les cheveux. "Et s'il ne vient pas?". Batman ne pouvait pas ne pas venir. Il le savait. Mais ces mots lui résonnaient dans la tête et lui avaient mis le doute. Sa raison savait que son plan allait fonctionner mais son cœur se serrait dans sa cage thoracique. Il n'avait plus qu'à attendre. Attendre. Attendre...
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Bruce Wayne avait enfilé son costume et attendait l'heure, impatiemment dans sa batmobile. Il avait déjà regardé l'adresse du hangar, connaissait les endroits de fuites possibles et avait préparé son matériel. Il regardait l'horloge digitale de la voiture fixement, attendant le bon chiffre pour appuyer sur l'accélérateur. Il se retenait de bouger ses jambes à cause du stress, et ses poings étaient serrés sur le volant en cuir noir du bolide. Tic. Tac. Le son était absent mais il l'entendait quand même. Ou c'était peut-être le son de son sang qui coulait et tapait dans ses tempes.
Vingt-deux heures cinquante. C'était l'heure. Sans attendre il appuya sur l'accélérateur et fonça dans les rues de Gotham city. En dix minutes il arriva à l'adresse, et ouvrit la porte. Sa silhouette dans l'encadrement de la porte était cauchemardesque et sa cape flottait au vent. Le clown aux cheveux verts retrouva son sourire. Il était à l'heure, comme d'habitude. Ses doutes se dissipèrent et il se releva. Il ouvrit ses bras en souriant et dit :

"Batouuu! J'ai failli douter de toi!"

Batman claqua la porte derrière lui et fonça sur le clown. Il attrapa violemment le col de sa Némésis et le rapprocha de lui. Il plongea son regard turquoise dans les yeux verts du Joker. L'homme chauve-souris senti la chaleur lui picoter les joues et fut déstabilisé le temps d'une seconde. Il paniquait et repensait à l'autre soir. Il jeta sa proie par terre et hurla de sa voix rauque :

"Où est Gordon?"

L'homme à terre riait et se tordait en se tenant les entrailles.

"C'est comme ça que je t'aime, mon petit cupcake!"

Batman rougit sous son masque et envoya son pied dans le ventre du Joker, toujours à terre. Il ne comprenait toujours pas ce qu'il lui arrivait et essayait de ne pas perdre la face. Le Joker se releva en titubant et se dirigea vers la porte blindée. Il frappa plusieurs coups et cria, la joue contre le métal froid de la porte :

"Monsieur l'inspecteur, comment allez-vous? Un message pour votre ami?"

Il retint son souffle pour pouvoir laisser Batman entendre la réponse de l'inspecteur :

"Batman! Je suis là, faites ce que vous avez à f-"

Sa phrase fut coupée par un coup de poing au visage et le bruit d'une chaise tombant par terre. Le Joker explosa du rire qu'il retenait depuis quelques secondes et se retrouva par terre à nouveau, frappé par son Batman.

"Joker, qu'est-ce que tu veux?"

Batman était à nouveau enragé et impatient de savoir la volonté du clown. Il voulait en finir vite cette fois. Le Joker se rapprocha lentement en souriant. Il était tellement près que ses boucles vertes touchaient le visage du chevalier noir. Ce dernier était à nouveau tétanisé. Il sentait le souffle chaud de son adversaire sur ses lèvres et résistait tant bien que mal à une tentation qu'il n'avait jamais connue. Il savait que c'était mal. Il se dégouttait. Il ne comprenait pas. Mais les lèvres du Joker semblaient délicieuses, soulignées par un rouge à lèvre tracé approximativement. Le clown ne répondait pas mais posa ses mains gantées sur le torse de son Batou-chéri. Batman ne pouvait pas réagir. Il se rassurait en se disant qu'il ne fallait pas énerver le Joker, qu'il pouvait être dangereux pour Gordon et pour lui-même. Il se mordait les joues discrètement, pour ne pas montrer sa faiblesse à son ennemi. Ennemi qui se collait à présent contre lui, torse contre torse. Le moment fatal arriva : Le monstre posa ses lèvres sur le chevalier sans défenses et ferma les yeux pour apprécier ce moment.
L'archange pinçait ses lèvres et faisait une moue de dégoût, mais le sang qui déferlait dans ses veines prouvait que la sensation était à l'opposé du dégoût. Lorsqu'il sentit une de ses lèvres se faire pincer par les dents ciselées du Joker, ce fut trop pour sa dignité. Il envoya le fou par terre et s'essuya les lèvres. Il attendit quelques secondes pour ne pas bégayer et dit :

"Soit clair. Qu'est-ce que tu veux, espèce de dégénéré?"

Le Joker sourit et regarda le pantalon du Batman.

"Mini-Bat doit être étouffé dans ce pantalon de kevlar, non?" Il se mordit les lèvres et attendit la réponse de son chevalier qui ne se fit pas attendre :

"Ferme-la, sale malade!"

Batman avait reculé d'un pas et ses joues le brûlaient. Il sentait un picotement dans ses lèvres et la sueur coulait de son front. Il attrapa le clown et le jeta sur une table bringuebalante qui était au milieu de l'immense hangar.

"Ouuuh je ne pensais pas que tu te retiendrais si peu Batsy-chou!"

Le Joker pris un revers et ria de plus belle. Batman serrait son cou entre ses doigts et lui demanda à nouveau, serrant un peu plus ses doigts épais:

"Dis moi ce que tu comptes faire, bon sang."

Le Joker savait qu'il n'était pas bon de trop contrarier Batman car il aurait dû recommencer son manège à nouveau. Il passa sa langue sur ses lèvres et chuchota :

"Je veux que le Batman soit à moi, que son corps, ses pensées... m'appartiennent."

L'archange sombre se recula et se dirigea vers la porte blindée, décidé à affronter les sous fifres du Joker et à sauver l'inspecteur. Mais le clown fou l'arrêta au moment où il allait ouvrir la lourde porte métallique :

"Il mourra si tu ne m'écoutes pas. Il est malade."

Sans se retourner, Batman savait déjà que son ennemi souriait, assis tranquillement sur la table les jambes croisées et la tête penchée. Il se retourna pour voir exactement ce qu'il avait imaginé et se dirigea vers le monstre. Arrivé près de lui, il s'aperçu que quelques boutons de la chemise du Joker étaient ouverts et que sa cravate verte était dénouée. Son cœur s'emballa et il s'arrêta net en déglutissant difficilement.

"Il est empoisonné, et plus vite tu feras ce que je te demande, plus vite il pourra être guéri."
"Qu'est-ce qui me dit que je peux te faire confiance?"

Le Joker dévoila une épaule en souriant et passa sa cravate autour du cou de son adversaire rigide. Il plissa ses lèvres et dit :

"Pour l'instant, rien, mais tu ne peux pas faire autrement... Si?"

Batman fronça les sourcils et baissa la tête. C'était vrai. Il n'avait pas encore clairement compris ce que le Joker voulait de lui mais il ne pouvait pas laisser l'inspecteur mourir à cause de sa dignité. Voyant son cupcake résigné, le Joker l'embrassa presque tendrement dans le cou. Il était si sensuel... Il s'attarda sur la seule zone où le Batman pouvait sentir ses lèvres et promena sa langue sur les commissures des lèvres du chevalier.

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Voilà pour ce chapitre! J'espère qu'il n'aura pas été trop frustrant ;) La suite s'avère plutôt hot et elle arrivera très bientôt! Bonne lecture :)

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