mardi 2 juin 2015
Chapitre 2
Malgré le lit on ne peut moins confortable que Bruce Wayne avait rejoint une fois réveillé par son majordome, le sommeil du gentleman avait été désagréable. La soirée de la veille lui était revenue en flashs sans cesse pendant la nuit, alternant insomnies et cauchemars. C'est avec difficulté qu'il s'assit au bord du lit, le visage entre les mains. Le lit était humide de transpiration et la lumière était tamisée dans sa chambre bien trop grande pour un homme seul comme lui.
Il se releva, enfila un peignoir épais puis rejoint Alfred dans le salon. Comme à son habitude Alfred avait préparé un petit déjeuner que personne n'aurait voulu refuser : brioche maison sucrée avec confiture de coings maison également. Pour boire il avait le choix entre un café corsé ou un jus de fruits pressés. Ou bien les deux. Ou bien rien. Il n'avait envie de rien mais il savait qu'il devait manger pour tenir la journée après une nuit pareille.
"Salutations Monsieur. J'espère que le petit-déjeuner vous plaira. Vous êtes-vous reposé?"
Alfred se souvenait bien de son maître exténué la veille, dans la baignoire. Il se souvient de sa main sur le front chaud de l'homme riche et de ses mains frippées du trop plein d'eau. Il savait que le Prince de la nuit en avait passée une tourmentée.
"Malgré toutes vos bonnes intentions, non. Mais j'en suis bien heureux car votre brioche est un remontant délicieux"
Son sourire plein de charme fut un signe de remerciement des plus sincères et le majordome en fut comblé.
"Je pourrais vous en faire même dans vos beaux jours, Master Wayne"
Il sourit également. Ses yeux légèrement plissés et les rides qui soulignaient son sourire lui donnaient une allure paternaliste que Bruce adorait retrouver en lui. Il fit une révérence, puis s'en alla en cuisine, pour vaquer à d'autres occupations.
Bruce tartinait machinalement une tranche de brioche. Il en étalait une fine couche, le regard dans le vide. Ses souvenirs lui donnaient comme des coups dans le crâne et la culpabilité le rongeait. Mais qu'est-ce qu'il s'était passé? Pourquoi le Joker s'était-il comporté comme ça? Qu'est-ce qui allait bien se passer ensuite? Le clown aux cheveux verts n'avait pas eu ce qu'il voulait. Comment allait-il l'obtenir? D'inombrables questions lui venaient en tête. Il déglutissait lentement et douloureusement car il était tendu et ses muscles étaient raides.
Une fois sa collation terminée, il se dirigea vers la salle de bain. Il accrocha son peignoir près de la cabine de douche, ouvrit le robinet d'eau froide et se rigidifia sous l'eau qui glaçait son visage. Ses muscles s'étaient rétractés mais avaient fini par se détendre. Il essayait de se laver de ses soucis, de nettoyer son cerveau de toutes ces pensées horribles qui le rongeait depuis la nuit dernière.
Il se savonna frénétiquement et se rinça aussi vite. Il sortit de la douche et enroula une serviette autour de sa taille. Il hésitait à parler de ce qu'il s'était passé à l'inspecteur Gordon. Qu'en aurait-il pensé? Il l'aurait jugé pour ne rien avoir fait et l'avoir laissé partir. C'eut été une mauvaise idée. Mais il voulait quand même savoir s'il avait des nouvelles du bouffon vert. Il se sécha les cheveux avec sa serviette, se rasa puis pris dans son armoire un caleçon et un t-shirt gris foncé moulant. Tout en enfilant ses affaires, il composa le numéro de l'inspecteur. Il eut le temps d'enfiler les deux vêtements propres avant d'entendre le répondeur. L'inspecteur devait être très occupé pour ne pas répondre à un appel de Batman. Il marcha rapidement dans les couloirs du manoir pour rejoindre Alfred, passa sa tête et un bras à travers la porte de la cuisine et interpella le majordome :
"Alfred, avons-nous reçu un message de l'inspecteur Gordon?"
Alfred fit un mouvement négatif avec sa tête alors qu'il nettoyait des assiettes à la main. Il questionna Bruce :
"Il y a t-il un problème?"
Bruce avait un regard ennuyé et il se doutait qu'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. Il tenta une nouvelle fois d’appeler l'inspecteur en furie. Le majordome avait posé les assiettes et s'était séché les mains. Au visage décomposé de son maître, il y avait clairement un problème. Un énorme problème. Le visage du millionnaire était pâle, encore plus que le matin de son dur réveil. Le peu de couleurs qui lui restaient étaient concentrées dans son regard perçant et ses yeux grands ouverts. Alfred le questionna du regard mais Bruce était choqué. Il posa son portable sur la table qui séparaient les deux hommes et regarda son majordome droit dans les yeux, les deux mains sur la table.
"Le Joker retient l'inspecteur Gordon."
Alfred serra un poing et regarda l'heure. Il était onze heures du matin. Trop tôt dans la journée pour que Batman soit de sortie. Alfred se rapprocha de son maître et demanda s'il pouvait faire quelque chose. Bruce Wayne tapa du poing sur la table ne sachant que faire.
Le Joker lui avait donné rendez-vous, seul, dans un hangar désaffecté. Ce soir. Dans douze heures exactement. Comment allait-il attendre jusqu'à ce moment, sans rien faire? Il expliqua la situation à Alfred qui compatissait à la souffrance de son maître.
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Après avoir raccroché, le Joker se mit à exploser de rire; un rire grinçant comme à son habitude. Ses boucles grasses tombaient légèrement sur son front et effaçaient le maquillage blanc qui le recouvrait. Gordon était attaché sur une chaise dans une salle à part, gardée de l'intérieur par les sous fifres de l'homme en costume violet.
"Qu'est-ce que vous allez faire à la fin?" L'inspecteur s'impatientait et était frustré de ne pas savoir ce que pensait le Joker. Pourquoi voulait-il voir le Batman seul? Qu'allait-il lui faire? Se serait-il décidé à le tuer pour de bon? C'était trop dur de ne rien savoir.
"Hahaha mon cheeeeer inspecteur. Ne soyez pas impatient... Il ne reste que quelques heures avant que votre chauve-souris vienne à votre secours."
Il fit le tour de la chaise en disant cette phrase. L'inspecteur baissait la tête pour cacher son énervement et sa frustration en serrant les poings. Il regardait les pieds du Joker faire le tour de la pièce en sautillant légèrement. Le clown vert lui avait tendu un piège à l'aide de ses grouillots et il se retrouvait à présent sur cette chaise, comme un débutant.
Le Joker faisait son spectacle en chantonnant, encouragé par les rires bêtes de ses hommes. Ces derniers riaient discrètement car ils ne savaient pas comment leur boss réagirait si ils riaient au mauvais moment. Le Joker était imprévisible, tout le monde le savait, mais surtout très dangereux.
"Tututu tuuu tu... Batou ne viendra que ce soir..."
Le fou chantonnait en dansant comme sur une scène de théâtre et souriait de toutes ses dents jaunâtres. Son rire insupportait l'inspecteur qui se brûlait les poignets à cause de la corde trop serrée qui le tenait attaché.
Le temps passait et l'inspecteur se demandait comment avait réagit Batman. Prendrait-il le risque de venir sans avoir prévenu la police? Il se doutait bien que oui mais il avait peur pour leur vie à tous les deux. Gordon, sans relever la tête, s'adressa au Joker fou d'un ton ferme:
"Et s'il ne vient pas?"
Le clown perdu son sourire instantanément et son poing rencontra la mâchoire de l'homme attaché. Ce fut un coup violent qui le fit se mordre la langue et il cracha du sang. Le Joker était irrité et se rapprocha du visage ensanglanté de sa victime.
"Il sait ce qu'il vous arrivera s'il ne vient pas. Il viendra. Batman vient toujours."
Les mots sortaient de sa bouche comme une avalanche de couleuvres, sa voix était soudainement grave et ses ongles plantés dans les bras de l'inspecteur. Il sortit de la salle blindée en claquant la porte, laissant Gordon et les hommes masqués entre eux.
La phrase de l'inspecteur avait agacé le Joker. Il tapait dans les murs, enragé, et avait fini par s'asseoir contre un mur, les mains dans les cheveux. "Et s'il ne vient pas?". Batman ne pouvait pas ne pas venir. Il le savait. Mais ces mots lui résonnaient dans la tête et lui avaient mis le doute. Sa raison savait que son plan allait fonctionner mais son cœur se serrait dans sa cage thoracique. Il n'avait plus qu'à attendre. Attendre. Attendre...
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Bruce Wayne avait enfilé son costume et attendait l'heure, impatiemment dans sa batmobile. Il avait déjà regardé l'adresse du hangar, connaissait les endroits de fuites possibles et avait préparé son matériel. Il regardait l'horloge digitale de la voiture fixement, attendant le bon chiffre pour appuyer sur l'accélérateur. Il se retenait de bouger ses jambes à cause du stress, et ses poings étaient serrés sur le volant en cuir noir du bolide. Tic. Tac. Le son était absent mais il l'entendait quand même. Ou c'était peut-être le son de son sang qui coulait et tapait dans ses tempes.
Vingt-deux heures cinquante. C'était l'heure. Sans attendre il appuya sur l'accélérateur et fonça dans les rues de Gotham city. En dix minutes il arriva à l'adresse, et ouvrit la porte. Sa silhouette dans l'encadrement de la porte était cauchemardesque et sa cape flottait au vent. Le clown aux cheveux verts retrouva son sourire. Il était à l'heure, comme d'habitude. Ses doutes se dissipèrent et il se releva. Il ouvrit ses bras en souriant et dit :
"Batouuu! J'ai failli douter de toi!"
Batman claqua la porte derrière lui et fonça sur le clown. Il attrapa violemment le col de sa Némésis et le rapprocha de lui. Il plongea son regard turquoise dans les yeux verts du Joker. L'homme chauve-souris senti la chaleur lui picoter les joues et fut déstabilisé le temps d'une seconde. Il paniquait et repensait à l'autre soir. Il jeta sa proie par terre et hurla de sa voix rauque :
"Où est Gordon?"
L'homme à terre riait et se tordait en se tenant les entrailles.
"C'est comme ça que je t'aime, mon petit cupcake!"
Batman rougit sous son masque et envoya son pied dans le ventre du Joker, toujours à terre. Il ne comprenait toujours pas ce qu'il lui arrivait et essayait de ne pas perdre la face. Le Joker se releva en titubant et se dirigea vers la porte blindée. Il frappa plusieurs coups et cria, la joue contre le métal froid de la porte :
"Monsieur l'inspecteur, comment allez-vous? Un message pour votre ami?"
Il retint son souffle pour pouvoir laisser Batman entendre la réponse de l'inspecteur :
"Batman! Je suis là, faites ce que vous avez à f-"
Sa phrase fut coupée par un coup de poing au visage et le bruit d'une chaise tombant par terre. Le Joker explosa du rire qu'il retenait depuis quelques secondes et se retrouva par terre à nouveau, frappé par son Batman.
"Joker, qu'est-ce que tu veux?"
Batman était à nouveau enragé et impatient de savoir la volonté du clown. Il voulait en finir vite cette fois. Le Joker se rapprocha lentement en souriant. Il était tellement près que ses boucles vertes touchaient le visage du chevalier noir. Ce dernier était à nouveau tétanisé. Il sentait le souffle chaud de son adversaire sur ses lèvres et résistait tant bien que mal à une tentation qu'il n'avait jamais connue. Il savait que c'était mal. Il se dégouttait. Il ne comprenait pas. Mais les lèvres du Joker semblaient délicieuses, soulignées par un rouge à lèvre tracé approximativement. Le clown ne répondait pas mais posa ses mains gantées sur le torse de son Batou-chéri. Batman ne pouvait pas réagir. Il se rassurait en se disant qu'il ne fallait pas énerver le Joker, qu'il pouvait être dangereux pour Gordon et pour lui-même. Il se mordait les joues discrètement, pour ne pas montrer sa faiblesse à son ennemi. Ennemi qui se collait à présent contre lui, torse contre torse. Le moment fatal arriva : Le monstre posa ses lèvres sur le chevalier sans défenses et ferma les yeux pour apprécier ce moment.
L'archange pinçait ses lèvres et faisait une moue de dégoût, mais le sang qui déferlait dans ses veines prouvait que la sensation était à l'opposé du dégoût. Lorsqu'il sentit une de ses lèvres se faire pincer par les dents ciselées du Joker, ce fut trop pour sa dignité. Il envoya le fou par terre et s'essuya les lèvres. Il attendit quelques secondes pour ne pas bégayer et dit :
"Soit clair. Qu'est-ce que tu veux, espèce de dégénéré?"
Le Joker sourit et regarda le pantalon du Batman.
"Mini-Bat doit être étouffé dans ce pantalon de kevlar, non?" Il se mordit les lèvres et attendit la réponse de son chevalier qui ne se fit pas attendre :
"Ferme-la, sale malade!"
Batman avait reculé d'un pas et ses joues le brûlaient. Il sentait un picotement dans ses lèvres et la sueur coulait de son front. Il attrapa le clown et le jeta sur une table bringuebalante qui était au milieu de l'immense hangar.
"Ouuuh je ne pensais pas que tu te retiendrais si peu Batsy-chou!"
Le Joker pris un revers et ria de plus belle. Batman serrait son cou entre ses doigts et lui demanda à nouveau, serrant un peu plus ses doigts épais:
"Dis moi ce que tu comptes faire, bon sang."
Le Joker savait qu'il n'était pas bon de trop contrarier Batman car il aurait dû recommencer son manège à nouveau. Il passa sa langue sur ses lèvres et chuchota :
"Je veux que le Batman soit à moi, que son corps, ses pensées... m'appartiennent."
L'archange sombre se recula et se dirigea vers la porte blindée, décidé à affronter les sous fifres du Joker et à sauver l'inspecteur. Mais le clown fou l'arrêta au moment où il allait ouvrir la lourde porte métallique :
"Il mourra si tu ne m'écoutes pas. Il est malade."
Sans se retourner, Batman savait déjà que son ennemi souriait, assis tranquillement sur la table les jambes croisées et la tête penchée. Il se retourna pour voir exactement ce qu'il avait imaginé et se dirigea vers le monstre. Arrivé près de lui, il s'aperçu que quelques boutons de la chemise du Joker étaient ouverts et que sa cravate verte était dénouée. Son cœur s'emballa et il s'arrêta net en déglutissant difficilement.
"Il est empoisonné, et plus vite tu feras ce que je te demande, plus vite il pourra être guéri."
"Qu'est-ce qui me dit que je peux te faire confiance?"
Le Joker dévoila une épaule en souriant et passa sa cravate autour du cou de son adversaire rigide. Il plissa ses lèvres et dit :
"Pour l'instant, rien, mais tu ne peux pas faire autrement... Si?"
Batman fronça les sourcils et baissa la tête. C'était vrai. Il n'avait pas encore clairement compris ce que le Joker voulait de lui mais il ne pouvait pas laisser l'inspecteur mourir à cause de sa dignité. Voyant son cupcake résigné, le Joker l'embrassa presque tendrement dans le cou. Il était si sensuel... Il s'attarda sur la seule zone où le Batman pouvait sentir ses lèvres et promena sa langue sur les commissures des lèvres du chevalier.
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Voilà pour ce chapitre! J'espère qu'il n'aura pas été trop frustrant ;) La suite s'avère plutôt hot et elle arrivera très bientôt! Bonne lecture :)
Le chevalier amoureux : Chapitre 1
Le cabaret était bondé. La musique se mêlait aux éclats de rire des gens et à leurs voix alcoolisées. Le trop peu de place entre les tables de la salle bondée handicapaient les serveurs qui souriaient malgré eux aux clients. La lumière, les flashs, la musique, tout se mélangeait et offrait à cet endroit luxurieux un air de Casino huppé. Des femmes en robes de soirées offraient aux hommes costumés leurs plus beaux sourires. Elles portaient la main à leur torse en riant la tête renversée.
Ce vacarme assourdissant finit par s'interrompre. Un bruit se fit entendre, suivit d'un grésillement :
"Heeeey people of Gotham City ! Vous me laisseriez bien chanter une chanson?"
Le rire qui accompagnait cette phrase glaça le sang de la foule. Des cris se firent instantanément entendre. Les verres se brisèrent, les plateaux tombèrent, les chaises se renversèrent... Un sentiment d'effroi pouvait se lire dans le regard des clients désemparés.
Le personnage sur scène, quant à lui, avait déjà commencé à pousser la chansonnette :
"Kiss kiss kiss me baby, je veux chanter pour ceux... Hihihi !"
Ce sourire, ces cicatrices épaisses, cette voix grinçante dans le micro... Ces signes ne pouvaient pas tromper et les gens à terre en étaient la preuve même : Le Joker s'était échappé de son asile.
Un serveur téméraire pris l'initiative d'appeler la police, mais le clown effrayant n'apprécia pas le geste qu'il remarqua de loin.
"Bang baaaang ! Hahahaha !"
Il tira une balle en plein sur la base du téléphone du cabaret, ce qui coupa net la conversation avec la police.
"Je suis bien triste que vous n'aimiez pas mes compétences vocales..."
Le Joker fit la moue en regagnant son effroyable sourire instantanément. La peur était palpable et le clown en aurait bien gardé un bout s'il avait pu. Comme souvenir ou comme trophée... peu importe. Les interférences que provoquait la voix du Joker avec le micro émettaient des sons stridents. Le Joker savait que la police allait bientôt arriver. Il avait coupé le téléphone fixe pour jouer un peu, mais il ne pouvait ( et ne voulait ) pas s'amuser à empêcher tous les smartphones et les réseaux sociaux de s'activer. Il devait faire vite.
"Mesdames et messieurs... Je désirerai qu'on me livre l'archange de Gotham..." Ses mots s'entrecoupaient de gloussements féminins et c'est ouvrant les bras et en parlant lentement qu'il ajouta :
"Batman"
Il s'était dirigé vers toutes les caméras de smartphones qu'il avait pu trouver pour que son message à la police soit clair. Celle-ci ne devait d'ailleurs plus tarder à arriver.
Le Joker fou s'enjaillait seul à l'idée de Batman réagissant à la nouvelle. Bonne pour le Joker, et mauvaise pour l'homme chauve-souris. Il riait aux éclats en se tenant les tripes et regardait le chaos qui régnait dans la salle.
Mais ce n'était pas encore assez pour lui. Il descendit de la scène, entraînant un mouvement de recul collectif dans la salle, puis se dirigea vers un smartphone tremblant.
D'une voix grave et rauque il dit :
"Sinon ces corps entiers seront à recomposer..."
Il montra également un bouton qu'il avait dans sa manchette. Il sourit de toutes ses dents en penchant la tête et en parcourant du regard toute la salle.
Il se redressa ensuite et passa sa main enveloppée de soie violette délicate entre ses boucles sales et mal décolorées.
"J'ai très peu de patience en ce qui concerne les ordres que je donne..."
****
Pendant ce temps au manoir, Alfred se pressait d'apporter le téléphone à Bruce Wayne.
"Gordon pour vous. C'est une catastrophe, Monsieur."
Bruce remercia Alfred d'un signe de tête tout en répondant à l'inspecteur. Tandis que monsieur Gordon lui racontait les détails, le sang du héros déferlait dans ses veines. Dans ses veines se déversait un torrent de sang en ébullition. Sa mâchoire se serrait et il commençait déjà à surchauffer. Le Joker s'était échappé de l'asile et le millionnaire était le prix de la rançon.
Il raccrocha et jeta le téléphone sur son grand lit. Alfred lui présenta sa combinaison de kevlar, exactement ce qu'il cherchait. Alfred lisait dans ses pensées et savait toujours quand se rendre utile. Il enfila frénétiquement son costume d'homme de la nuit et pris sa moto. C'était la meilleure si jamais il avait à courser le Joker dans les petites rues. Il prévoyait tout à l'avance. Cette fois, le Joker ne s'en sortirait pas.
Au cabaret, la peur s'intensifiait et le Joker faisait son spectacle sur scène. Il jouait avec l'interrupteur en marchants à grands pas. Il chantonnait en attendant avec impatience la police.
Batman était arrivé devant le cabaret et attendait l'inspecteur. Les forces de l'ordre étaient déjà présentes et attendaient, copieusement armées, les ordres.
"Batman. Qu'est-ce que tu comptes faire?" Il avait les sourcils froncées, mais un soupçon de désespoir se lisait dans son regard. Batman, lui, était prêt à faire payer une nouvelle fois le Joker. Il n'attendait que ça : serrer la gorge du Joker entre ses doigts épais et musclés.
"Faites évacuer les civils dès que possible. Vous allez entrer et faire diversion. Vous les protégerez pendant que je neutraliserais le Joker et son détonateur."
Le Batman donna d'autres informations précises et se mit à l'oeuvre.
La porte principale du cabaret s'ouvrit dans un fracas qui ressemblait à une explosion. Tous les gens présents dans la salle hurlèrent en fermant les yeux et en se protégeant la tête avec leurs mains. La porte donnait directement sur la scénette.
La police encercla les civils en pointant leur arme respective sur le Joker. Celui-ci se tourna en souriant et affichant un air satisfait sur son visage.
"Mais où est le Batman?" chantonna-t-il.
Le policier se mit en face de lui et hurla :
"Posez le détonateur!"
Le clown s'amusa de l'ordre qu'on lui donnait. Il se mit à rire et leva le détonateur.
"Je suis déçu. N'avions-nous pas un marché?"
Il explosa de rire et claqua des doigts. Une corde descendit du plafond entre les spots et le Joker agrippa comme un artiste de cirque, le bras en l'air.
"Boum, boum, BOUM!" gloussa-t-il.
Tandis que ses hommes tiraient la corde pour le faire remonter, son final se fit brusquement interrompre. Batman gâcha son spectacle en lançant un batarang sur le détonateur du Joker à mi-chemin entre ciel et terre. Le Joker ferma les yeux et souri. Il savait que Batman ferait son apparition à la dernière minute. Alors qu'il agrippait une barre de fer, aidé de ses fidèles pantins, il vit du coin de l’œil Batman arriver en courant du fond de la salle, sortant de l'ombre.
"Et maintenant Boss?" cria un des sous fifres, essoufflé.
"Sortez d'ici et ne vous faites pas remarquer jusqu'à ce que je vous rappelle."
Ils prirent une direction différente et le clown senti l'aura de l'homme sombre se rapprocher furtivement et rapidement. Il adorait ça. Chaque course poursuite lui donnait de l'adrénaline. Plus le Batman se rapprochait, plus le ventre du Joker se serrait, se contractait. Comme si des milliers de papillons lui chatouillaient les entrailles. Il en était de même pour le chevalier noir. Chaque pas qui les séparaient était un degré de plaisir en plus.
Les deux protagonistes étaient enfin sortis de l'établissement et couraient sur les toits, comme au bon vieux temps. Le Joker virevoltait dans les airs en riant, les jambes relevées, poursuivi par un Batman en armure imposante qui se déplaçait grâcement dans le vide. Batman, essoufflé et à quelques centimètres de sa cible hurla de sa voix rauque et métallique :
"Joker, c'est fini. Tu n'as même plus de quoi me faire chanter."
"Tu crois, Batou?"
Le Joker se retourna et fit briller son sourire malin. Il montra un gros bouton rouge vermillon en arrêtant sa course. Face à un Batman choqué, il annonça :
"Je croyais que l'on se connaissait mieux que ça Batsy-chou..."
"Ne m'appelle pas comme ça le clown." La voix dure et ferme de Batman fit lever les yeux au ciel du Joker souriant.
"Tu bouges, ils meurent. Haha!"
Batman serrait les poings et se forçait à ne pas se jeter, poings en avant, sur le Joker. Il savait qu'il ne fallait pas le brusquer et attendait le bon moment pour agir.
Le Joker sautilla jusqu'à son Batman et s'arrêta à quelques centimètres de son visage. Batman senti ses joues chauffer et des gouttes de sueur sortir de ses pores. Le regard perçant du Joker dans le sien. Qu'est-ce qui le retenait tout à coup de lui briser les os et de l'enfermer à nouveau à Arkham? Son visage n'avait jamais été aussi près de celui du Joker. Des milliers de pensées lui traversaient l'esprit. Le Joker semblait si frêle et fin en face de ses muscles et de son armure saillante. Quelques coups et le Joker aurait pu être hors d'état de nuire. Mais le souffle dense et chaud qu'il sentait sur son visage le paralysait.
Le clown lui passait le détonateur devant le nez. Il le narguait et profitait de la soudaine tétanie de sa cible. Il passa une de ses mains sur ses joues puis la porta à celles du chevalier noir. Batman serrait les dents et s'étonnait de ne savoir que faire. Ses boyaux se tordaient et ses muscles le brûlaient. Le Joker serra sa main sur la mâchoire de l'archange de Gotham city jusqu'à sentir ses dents à travers sa chair. Il les serra si fort qu'il réussi à entrouvrir la bouche de son ennemi. Le Joker se retenait de rire. Des petits cris s'échappaient malgré lui tant le plaisir grandissait en lui. Il inséra le détonateur dans la bouche du millionnaire et le positionna entre ses dents.
"Il tombe: boum. Tu serres les dents: boum. Tu bouges... Boum."
Le sang de Batman se glaça dans ses veines en entendant ces mots. Il était bloqué. Pourquoi n'avait-il rien fait avant?
Le Joker se colla contre son ennemi et jubila de le voir à sa mercie. Il passa sa main autour de son cou et le senti déglutir.
"Je sais que tu rêverais d'être à ma place mon chou, mais désormais, tu es à moi. Rien-qu'à-moi."
Batman s'étonnait de ces paroles mais le fou n'avait pas tort. Malgré son incapacité à bouger, il attendait depuis qu'il avait reçu l'appel de Gordon de passer ses mains autour de sa gorge fine et pâle. Joker promena lentement ses lèvres sur le masque de Batman et se rapprocha du détonateur. Il lui porta le coup de grâce en embrassant les lèvres de son Batman, qui se rigidifia à la sensation du maquillage graisseux des lèvres pulpeuses du Joker.
Batman failli resserrer ses dents sur le détonateur à cause de la surprise. Dans ce moment interminable, le Joker passa sa langue entre les lèvres et le détonateur. Elle sembla se fondre dans la bouche du protecteur nocturne, horrifié de ce qui lui arrivait.
Le Joker se retira, en prenant dans sa bouche le détonateur. Le premier réflexe de son adversaire fut de lui lancer un coup de poing dans le ventre, le reste de son corps toujours paralysé par ce qui s'était passé. Le Joker, à terre, se mit à rire.
"Ça y est Batou! Voilà que tu redeviens en-fin toi-même!"
"Ferme-la, sale déchet!" Batman essuya les restes de rouge à lèvre qui étaient sur sa bouche et questionna sa Némésis, le goût âcre du maquillage toujours dans sa bouche.
"Qu'est-ce que tu veux, sale clown?"
Le Joker souri et dit :
"Toi."
Il lança le détonateur dans le vide dans lequel Batman se jeta aussitôt pour le rattraper. Mais l'objet s'écrasa contre le sol, pressant le mécanisme. Batman se senti partir. Il n'entendit rien mais n'y pensait pas. Il pensait uniquement à sa défaite et aux gens morts à cause de lui tous ces corps sanglants entre les débris. Il pris son téléphone et composa le numéro de l'inspecteur:
"Je suis désolé... Il avait un deuxième détonateur... Je..."
"Quoi?" coupa Gordon. "Les gens sont sains et saufs, tu les as sauvés. Il s'est enfuit?"
"Oui."
"Nous n'avons pas encore trouvé les bombes. La brigade de déminage fait son maximum. Les civils ont été évacués depuis très longtemps. Je te tiens au courant."
Batman rangea son portable et tenta de se remettre les idées en place. Il rentra au manoir sur sa moto et essaya de réfléchir. Alfred l'attendait avec un remontant : du thé et des biscuits anglais à la framboise.
"Maître Wayne, à votre visage je devine que le Joker est parvenu à ses fins."
Batman s'assit en retirant le haut de sa combinaison, masque compris. Il trempa un biscuit dans le thé, silencieux, puis le reposa sur le plateau, plus préoccupé par la soirée que par son estomac criant.
"Il n'y avait pas de bombe Alfred."
"Comment en êtes-vous sûr monsieur? L'inspecteur avait l'air formel.
"Le détonateur a été déclenché mais il ne s'est rien passé. Et il n'est pas du genre du Joker d'utiliser du matériel obsolète."
"Allez vous reposer monsieur. Vos méninges sont plus efficaces lorsque vous êtes calme et rechargé."
Le demi Batman se dirigea vers sa luxueuse salle de bain où Alfred lui avait préparé un bain aux huiles essentielles relaxantes. Il se délesta du reste de son costume et redevint entièrement Bruce Wayne. Il plongea son corps imposant dans l'eau chaude et parfumée. Il passa ses mains mouillées sur son visage et s'allongea les yeux fermés. Il aurait préféré une douche froide, pour le laver de la sensation écœurante du Joker sur son visage. Oui. Il avait eu l'impression d'avoir eu le Joker tout entier sur ses lèvres. Et les frissons qu'il avait eu le remplissait de remords et de dégoût pour lui-même. C'est vrai que sa double vie lui avait empêché ces derniers temps de s'occuper de sa vie amoureuse, ou plutôt sexuelle. Cela faisait une éternité qu' aucune femme n'avait posé ses lèvres sur les siennes. Cela devait être ça... Simplement ça.
Il s'endormi dans son bain, apaisé par les huiles et n'entendit pas Alfred chercher ses affaires et ne senti pas la serviette humide et froide qu'Alfred lui posa sur son front rouge et chaud.
Son sommeil s'annonçait tourmenté.
Ce vacarme assourdissant finit par s'interrompre. Un bruit se fit entendre, suivit d'un grésillement :
"Heeeey people of Gotham City ! Vous me laisseriez bien chanter une chanson?"
Le rire qui accompagnait cette phrase glaça le sang de la foule. Des cris se firent instantanément entendre. Les verres se brisèrent, les plateaux tombèrent, les chaises se renversèrent... Un sentiment d'effroi pouvait se lire dans le regard des clients désemparés.
Le personnage sur scène, quant à lui, avait déjà commencé à pousser la chansonnette :
"Kiss kiss kiss me baby, je veux chanter pour ceux... Hihihi !"
Ce sourire, ces cicatrices épaisses, cette voix grinçante dans le micro... Ces signes ne pouvaient pas tromper et les gens à terre en étaient la preuve même : Le Joker s'était échappé de son asile.
Un serveur téméraire pris l'initiative d'appeler la police, mais le clown effrayant n'apprécia pas le geste qu'il remarqua de loin.
"Bang baaaang ! Hahahaha !"
Il tira une balle en plein sur la base du téléphone du cabaret, ce qui coupa net la conversation avec la police.
"Je suis bien triste que vous n'aimiez pas mes compétences vocales..."
Le Joker fit la moue en regagnant son effroyable sourire instantanément. La peur était palpable et le clown en aurait bien gardé un bout s'il avait pu. Comme souvenir ou comme trophée... peu importe. Les interférences que provoquait la voix du Joker avec le micro émettaient des sons stridents. Le Joker savait que la police allait bientôt arriver. Il avait coupé le téléphone fixe pour jouer un peu, mais il ne pouvait ( et ne voulait ) pas s'amuser à empêcher tous les smartphones et les réseaux sociaux de s'activer. Il devait faire vite.
"Mesdames et messieurs... Je désirerai qu'on me livre l'archange de Gotham..." Ses mots s'entrecoupaient de gloussements féminins et c'est ouvrant les bras et en parlant lentement qu'il ajouta :
"Batman"
Il s'était dirigé vers toutes les caméras de smartphones qu'il avait pu trouver pour que son message à la police soit clair. Celle-ci ne devait d'ailleurs plus tarder à arriver.
Le Joker fou s'enjaillait seul à l'idée de Batman réagissant à la nouvelle. Bonne pour le Joker, et mauvaise pour l'homme chauve-souris. Il riait aux éclats en se tenant les tripes et regardait le chaos qui régnait dans la salle.
Mais ce n'était pas encore assez pour lui. Il descendit de la scène, entraînant un mouvement de recul collectif dans la salle, puis se dirigea vers un smartphone tremblant.
D'une voix grave et rauque il dit :
"Sinon ces corps entiers seront à recomposer..."
Il montra également un bouton qu'il avait dans sa manchette. Il sourit de toutes ses dents en penchant la tête et en parcourant du regard toute la salle.
Il se redressa ensuite et passa sa main enveloppée de soie violette délicate entre ses boucles sales et mal décolorées.
"J'ai très peu de patience en ce qui concerne les ordres que je donne..."
****
Pendant ce temps au manoir, Alfred se pressait d'apporter le téléphone à Bruce Wayne.
"Gordon pour vous. C'est une catastrophe, Monsieur."
Bruce remercia Alfred d'un signe de tête tout en répondant à l'inspecteur. Tandis que monsieur Gordon lui racontait les détails, le sang du héros déferlait dans ses veines. Dans ses veines se déversait un torrent de sang en ébullition. Sa mâchoire se serrait et il commençait déjà à surchauffer. Le Joker s'était échappé de l'asile et le millionnaire était le prix de la rançon.
Il raccrocha et jeta le téléphone sur son grand lit. Alfred lui présenta sa combinaison de kevlar, exactement ce qu'il cherchait. Alfred lisait dans ses pensées et savait toujours quand se rendre utile. Il enfila frénétiquement son costume d'homme de la nuit et pris sa moto. C'était la meilleure si jamais il avait à courser le Joker dans les petites rues. Il prévoyait tout à l'avance. Cette fois, le Joker ne s'en sortirait pas.
Au cabaret, la peur s'intensifiait et le Joker faisait son spectacle sur scène. Il jouait avec l'interrupteur en marchants à grands pas. Il chantonnait en attendant avec impatience la police.
Batman était arrivé devant le cabaret et attendait l'inspecteur. Les forces de l'ordre étaient déjà présentes et attendaient, copieusement armées, les ordres.
"Batman. Qu'est-ce que tu comptes faire?" Il avait les sourcils froncées, mais un soupçon de désespoir se lisait dans son regard. Batman, lui, était prêt à faire payer une nouvelle fois le Joker. Il n'attendait que ça : serrer la gorge du Joker entre ses doigts épais et musclés.
"Faites évacuer les civils dès que possible. Vous allez entrer et faire diversion. Vous les protégerez pendant que je neutraliserais le Joker et son détonateur."
Le Batman donna d'autres informations précises et se mit à l'oeuvre.
La porte principale du cabaret s'ouvrit dans un fracas qui ressemblait à une explosion. Tous les gens présents dans la salle hurlèrent en fermant les yeux et en se protégeant la tête avec leurs mains. La porte donnait directement sur la scénette.
La police encercla les civils en pointant leur arme respective sur le Joker. Celui-ci se tourna en souriant et affichant un air satisfait sur son visage.
"Mais où est le Batman?" chantonna-t-il.
Le policier se mit en face de lui et hurla :
"Posez le détonateur!"
Le clown s'amusa de l'ordre qu'on lui donnait. Il se mit à rire et leva le détonateur.
"Je suis déçu. N'avions-nous pas un marché?"
Il explosa de rire et claqua des doigts. Une corde descendit du plafond entre les spots et le Joker agrippa comme un artiste de cirque, le bras en l'air.
"Boum, boum, BOUM!" gloussa-t-il.
Tandis que ses hommes tiraient la corde pour le faire remonter, son final se fit brusquement interrompre. Batman gâcha son spectacle en lançant un batarang sur le détonateur du Joker à mi-chemin entre ciel et terre. Le Joker ferma les yeux et souri. Il savait que Batman ferait son apparition à la dernière minute. Alors qu'il agrippait une barre de fer, aidé de ses fidèles pantins, il vit du coin de l’œil Batman arriver en courant du fond de la salle, sortant de l'ombre.
"Et maintenant Boss?" cria un des sous fifres, essoufflé.
"Sortez d'ici et ne vous faites pas remarquer jusqu'à ce que je vous rappelle."
Ils prirent une direction différente et le clown senti l'aura de l'homme sombre se rapprocher furtivement et rapidement. Il adorait ça. Chaque course poursuite lui donnait de l'adrénaline. Plus le Batman se rapprochait, plus le ventre du Joker se serrait, se contractait. Comme si des milliers de papillons lui chatouillaient les entrailles. Il en était de même pour le chevalier noir. Chaque pas qui les séparaient était un degré de plaisir en plus.
Les deux protagonistes étaient enfin sortis de l'établissement et couraient sur les toits, comme au bon vieux temps. Le Joker virevoltait dans les airs en riant, les jambes relevées, poursuivi par un Batman en armure imposante qui se déplaçait grâcement dans le vide. Batman, essoufflé et à quelques centimètres de sa cible hurla de sa voix rauque et métallique :
"Joker, c'est fini. Tu n'as même plus de quoi me faire chanter."
"Tu crois, Batou?"
Le Joker se retourna et fit briller son sourire malin. Il montra un gros bouton rouge vermillon en arrêtant sa course. Face à un Batman choqué, il annonça :
"Je croyais que l'on se connaissait mieux que ça Batsy-chou..."
"Ne m'appelle pas comme ça le clown." La voix dure et ferme de Batman fit lever les yeux au ciel du Joker souriant.
"Tu bouges, ils meurent. Haha!"
Batman serrait les poings et se forçait à ne pas se jeter, poings en avant, sur le Joker. Il savait qu'il ne fallait pas le brusquer et attendait le bon moment pour agir.
Le Joker sautilla jusqu'à son Batman et s'arrêta à quelques centimètres de son visage. Batman senti ses joues chauffer et des gouttes de sueur sortir de ses pores. Le regard perçant du Joker dans le sien. Qu'est-ce qui le retenait tout à coup de lui briser les os et de l'enfermer à nouveau à Arkham? Son visage n'avait jamais été aussi près de celui du Joker. Des milliers de pensées lui traversaient l'esprit. Le Joker semblait si frêle et fin en face de ses muscles et de son armure saillante. Quelques coups et le Joker aurait pu être hors d'état de nuire. Mais le souffle dense et chaud qu'il sentait sur son visage le paralysait.
Le clown lui passait le détonateur devant le nez. Il le narguait et profitait de la soudaine tétanie de sa cible. Il passa une de ses mains sur ses joues puis la porta à celles du chevalier noir. Batman serrait les dents et s'étonnait de ne savoir que faire. Ses boyaux se tordaient et ses muscles le brûlaient. Le Joker serra sa main sur la mâchoire de l'archange de Gotham city jusqu'à sentir ses dents à travers sa chair. Il les serra si fort qu'il réussi à entrouvrir la bouche de son ennemi. Le Joker se retenait de rire. Des petits cris s'échappaient malgré lui tant le plaisir grandissait en lui. Il inséra le détonateur dans la bouche du millionnaire et le positionna entre ses dents.
"Il tombe: boum. Tu serres les dents: boum. Tu bouges... Boum."
Le sang de Batman se glaça dans ses veines en entendant ces mots. Il était bloqué. Pourquoi n'avait-il rien fait avant?
Le Joker se colla contre son ennemi et jubila de le voir à sa mercie. Il passa sa main autour de son cou et le senti déglutir.
"Je sais que tu rêverais d'être à ma place mon chou, mais désormais, tu es à moi. Rien-qu'à-moi."
Batman s'étonnait de ces paroles mais le fou n'avait pas tort. Malgré son incapacité à bouger, il attendait depuis qu'il avait reçu l'appel de Gordon de passer ses mains autour de sa gorge fine et pâle. Joker promena lentement ses lèvres sur le masque de Batman et se rapprocha du détonateur. Il lui porta le coup de grâce en embrassant les lèvres de son Batman, qui se rigidifia à la sensation du maquillage graisseux des lèvres pulpeuses du Joker.
Batman failli resserrer ses dents sur le détonateur à cause de la surprise. Dans ce moment interminable, le Joker passa sa langue entre les lèvres et le détonateur. Elle sembla se fondre dans la bouche du protecteur nocturne, horrifié de ce qui lui arrivait.
Le Joker se retira, en prenant dans sa bouche le détonateur. Le premier réflexe de son adversaire fut de lui lancer un coup de poing dans le ventre, le reste de son corps toujours paralysé par ce qui s'était passé. Le Joker, à terre, se mit à rire.
"Ça y est Batou! Voilà que tu redeviens en-fin toi-même!"
"Ferme-la, sale déchet!" Batman essuya les restes de rouge à lèvre qui étaient sur sa bouche et questionna sa Némésis, le goût âcre du maquillage toujours dans sa bouche.
"Qu'est-ce que tu veux, sale clown?"
Le Joker souri et dit :
"Toi."
Il lança le détonateur dans le vide dans lequel Batman se jeta aussitôt pour le rattraper. Mais l'objet s'écrasa contre le sol, pressant le mécanisme. Batman se senti partir. Il n'entendit rien mais n'y pensait pas. Il pensait uniquement à sa défaite et aux gens morts à cause de lui tous ces corps sanglants entre les débris. Il pris son téléphone et composa le numéro de l'inspecteur:
"Je suis désolé... Il avait un deuxième détonateur... Je..."
"Quoi?" coupa Gordon. "Les gens sont sains et saufs, tu les as sauvés. Il s'est enfuit?"
"Oui."
"Nous n'avons pas encore trouvé les bombes. La brigade de déminage fait son maximum. Les civils ont été évacués depuis très longtemps. Je te tiens au courant."
Batman rangea son portable et tenta de se remettre les idées en place. Il rentra au manoir sur sa moto et essaya de réfléchir. Alfred l'attendait avec un remontant : du thé et des biscuits anglais à la framboise.
"Maître Wayne, à votre visage je devine que le Joker est parvenu à ses fins."
Batman s'assit en retirant le haut de sa combinaison, masque compris. Il trempa un biscuit dans le thé, silencieux, puis le reposa sur le plateau, plus préoccupé par la soirée que par son estomac criant.
"Il n'y avait pas de bombe Alfred."
"Comment en êtes-vous sûr monsieur? L'inspecteur avait l'air formel.
"Le détonateur a été déclenché mais il ne s'est rien passé. Et il n'est pas du genre du Joker d'utiliser du matériel obsolète."
"Allez vous reposer monsieur. Vos méninges sont plus efficaces lorsque vous êtes calme et rechargé."
Le demi Batman se dirigea vers sa luxueuse salle de bain où Alfred lui avait préparé un bain aux huiles essentielles relaxantes. Il se délesta du reste de son costume et redevint entièrement Bruce Wayne. Il plongea son corps imposant dans l'eau chaude et parfumée. Il passa ses mains mouillées sur son visage et s'allongea les yeux fermés. Il aurait préféré une douche froide, pour le laver de la sensation écœurante du Joker sur son visage. Oui. Il avait eu l'impression d'avoir eu le Joker tout entier sur ses lèvres. Et les frissons qu'il avait eu le remplissait de remords et de dégoût pour lui-même. C'est vrai que sa double vie lui avait empêché ces derniers temps de s'occuper de sa vie amoureuse, ou plutôt sexuelle. Cela faisait une éternité qu' aucune femme n'avait posé ses lèvres sur les siennes. Cela devait être ça... Simplement ça.
Il s'endormi dans son bain, apaisé par les huiles et n'entendit pas Alfred chercher ses affaires et ne senti pas la serviette humide et froide qu'Alfred lui posa sur son front rouge et chaud.
Son sommeil s'annonçait tourmenté.
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